02 décembre 2008
Le pyromane à Ottawa
Les nombreuses, prolifiques et foisonnantes études de Steven Pinker, chercheur américain sur le langage humain au MIT, se résument malgré les apparences à un concept très simple : l’esprit humain peut prêter des significations très nombreuses aux mots, souvent contradictoires, mais jamais n’importe comment.
C’est le n’importe quoi qui peut tromper, pas le n’importe comment.
Pour cela, savoir parler vient avec le sens du langage à telle enseigne que nous confondons fréquemment la personne avec son langage.
J’enseigne au secondaire en adaptation scolaire. Tous les jours, je suis confronté à ce phénomène d’arguments fallacieux exprimés correctement. J’écris fallacieux parce que c’est ce qui semble se produire. Heureusement, c’est rarement le cas. La plupart du temps, nous n’assistons à la manifestation d’aucune mauvaise volonté. En adaptation scolaire, nous sommes confrontés à des élèves qui, malgré tous leurs efforts et un usage correct de l’articulation verbale, n’arrivent pas à sortir de leur zone constituée essentiellement de leurs besoins particuliers circonscrits étroitement dans l’immédiateté.
Steven Pinker ne cesse de le découvrir: pour avoir du sens, les mots ne peuvent s’associer n’importe comment dans l’esprit. N’est-on pas réputé avoir tout appris, tout savoir lorsque nous avons appris à parler?
Nous avons en politique également des individus sur la tête de laquelle nous devrions placer le bonnet d’âne ou même tout simplement, dans leur cas, les inviter à retourner chez eux.
En page A25 de La Presse de vendredi le 28 novembre dernier, Alain Dubuc écrivait que la réserve journalistique lui interdisait de poser un jugement trop sévère sur le gouvernement de Stephen Harper.
Une attitude on ne peut plus louable de la part d’un citoyen à la fois cultivé et particulièrement bien éduqué. Cette nécessité de s’imposer des limites lorsque nous tentons de comprendre certains personnages publics est également une des vulnérabilités des sociétés raffinées et démocratiques comme la nôtre.
Il y a quelque temps de cela, un scientifique anglais a tenté une expérience à la fois toute simple et grandement significative. Il a imaginé quelques expériences scientifiques pas trop complexes sur des phénomènes de la physique et les a présentées à des enfants de huit et neuf ans ainsi qu’à des étudiants universitaires et même à des ingénieurs.
Les enfants ont eu beaucoup plus de facilité à trouver des explications simples aux phénomènes qui leur ont été présentés que les universitaires ou les ingénieurs. Les ingénieurs ont même affirmé que certaines expériences étaient impossibles.
La conclusion de l’expérience n’était pas que les enfants sont plus brillants que les adultes. L’expérience démontrait simplement que les adultes avaient appris à penser en suivant des schémas et des raisonnements prédéterminés. Tout le contraire des enfants qui voyaient l’expérience telle qu’elle se présentait à eux.
Confronté à des situations extrêmes, nous ne pouvons pas toujours répondre aux interrogations du réel en ne faisant usage que de notre savoir-vivre et de notre délicatesse intellectuelle. Nous devons parfois accepter de bousculer notre respect du notable et du voisin, nous devons oser penser l’impensable. Notre myopie imposée par nos valeurs morales ne peut en ces cas-là que conduire à la catastrophe.
L’expérience du rasoir d’occam nous dit que lorsque nous ne comprenons rien en multipliant les explications, nous devons chercher la plus simple.
En page 5, le mardi 21 octobre 2008, La Presse publiait un article sur le colloque de l’AMF portant le titre « Dans le cerveau des méchants » dans lequel le professeur Robert Hare déclarait que « Contrairement aux clichés, le dénominateur commun des psychopathes n’est pas la violence…, c’est l’insensibilité, l’incapacité de ressentir de l’empathie pour autrui et de former des liens émotifs et l’absence de remords. »
L’usage des mots le permettant, il arrive, hélas, qu’un pyromane devienne chef des pompiers et ce n’est pas parce qu’il est difficile de le contredire lorsqu’il nous dit qu’il est chef des pompiers que nous ne devons pas tout faire pour qu’il cesse ses activités.
Le philosophe américain John Dewey a déjà écrit que : «…Lorsque les conséquences d'une activité conjointe sont jugées bonnes par toutes les personnes singulières qui y prennent part, et lorsque la réalisation du bien est telle qu'elle provoque un désir et un effort énergiques pour le conserver uniquement parce qu'il s'agit d'un bien partagé par tous, alors il y a une communauté. La conscience claire de la vie commune, dans toutes ses implications, constitue l'idée de la démocratie. »
Même profondément souverainiste, même si je désire de toute mon âme sortir de ce pays étranger, devenu bizarre, je ne souhaite que son existence sans le Québec, je ne souhaite pas sa destruction. Nous ne pouvons rester les bras croisés en regardant notre voisin brûler. Nous ne pouvons hésiter à aider la démocratie canadienne qui doit démontrer son équilibre et sa maturité, sa résilience et son courage, elle doit se réinventer en osant le gouvernement de coalition.
Au cœur de tout ce brouhaha, la campagne électorale québécoise se poursuit et un autre pyromane se faufile pour devenir chef des pompiers.
En économie, j’ai parfois lu qu’il y avait la micro et la macro-économie. La micro-économie étant celle de Pierre, Jean, Jacques et la macro-économie celle des sociétés. La catastrophe actuelle nous vient directement de ces gestionnaires qui se sont servis à tour de bras de la macro-économie essentiellement pour servir leurs micro-besoins.
Une attitude qui ne se limite pas aux chevaliers d’industrie.
Comme par exemple de se servir d’une province pour satisfaire ses ambitions personnelles.
Allons-nous mettre notre sort entre les mains d’un homme qui ne cesse de dire n’importe quoi avec les mots, puisque les mots le permettent, même s’il semble ne pas le faire n’importe comment puisque cela, les mots ne le permettent pas?
Tout simplement parce que même s’il s’y essayait, il ne pourrait paraître insensé.
Ne rêve-t-il pas d’un Québec… canadien?
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=456723&pid=11607512
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :